Enfants victimes de violences sexuelles : il faut plus que de la comm’

Dans le cadre de la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants, le ministre de l'Education Nationale a entamé une tournée médiatique et lancé un plan de communication autour d'un questionnaire sensé permettre de détecter les victimes. Dans quelles conditions et pour quelles suites... ?

Encore une mission attribuée aux enseignant·es et annoncée par voie de presse : tous les élèves, de la grande section à la terminale, vont se voir distribuer un questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles. Objectif : mieux repérer les enfants victimes de violences sexuelles. Le ministre semble donc prêt à affronter cette réalité qui nous glace tous : 1 enfant sur 10 est ou sera victime de violence sexuelle avant ses 18 ans (source UNICEF). La plupart du temps à un très jeune âge et trop souvent l’agresseur est une personne connue de l’enfant.

Ce qui est prévu

Une séance d’EVAR(S) sera donc organisée dans chaque classe autour de cette thématique. La séance devra être animée par un personnel de santé ou social en collaboration avec un·e enseignant·e de la classe. A la suite de cette séance, le questionnaire sera distribué. L’enfant pourra, selon son choix, noter son nom ou pas sur le questionnaire. Le personnel de santé/social dépouillera ensuite les questionnaires et envisagera les suites éventuelles à donner. On pourrait croire à un plan parfait, sauf que …

Ce qui va poser problème sur le terrain

Un personnel de santé/social par classe :

D’après le ministre cela représente 25 classe / personnel… donc à peu près 25 journées de travail supplémentaire pour chaque personnel !!! Les infirmiers et infirmières scolaires, les assistantes et assistants sociaux et les psychologues de l’Education Nationale sont déjà en sous-nombre et débordés par les missions qui leur sont attribuées. Comment pourront-ils assurer cette nouvelle mission sans renoncer à d’autres et sans moyens supplémentaires. Par ailleurs les moyennes cachent les disparités des territoires. Que va-t-il se passer dans les zones dépourvues de personnel ?

Une séance animée en collaboration avec l’enseignant·e de la classe

Dans l’académie, très (trop) peu de personnel du premier degré sont formés à l’animation des séances d’EVAR. La formation continue étant depuis des années quasi exclusivement orientée vers les fondamentaux (maths et français). Dans le second degré les situations sont très disparates d’un établissement à l’autre mais la plupart des équipes peinent à mettre en place correctement cet enseignement. Par ailleurs, consigne a été donné aux personnels infirmiers de ne plus piloter l’EVARS dans les établissement du secondaire puisque c’est maintenant du ressort des enseignants. Le ministre a cependant annoncé que tous les personnels seraient formés d’ici décembre… Pour le moment, rien ne semble prévu dans l’académie de Toulouse (peut être une des multiple conséquence de la panne informatique…).

Et si une victime est identifiée …

Chaque personnel qui a déjà fait un signalement le sait : la réponse des services sociaux et/ou de la justice -quand elle existe- est souvent (trop) lente. L’affaire Lyhanna l’a douloureusement mis en lumière au printemps dernier : les services sont débordés, les moyens manquent, les dossiers s’empilent. La protection de l’Enfance est dans un état déplorable car sous financée depuis bien trop longtemps. La police et la justice ne sont pas beaucoup mieux loties et les priorités qui leur sont assignées varient. Et que se passera-t-il si nous multiplions par 2, par 5, par 10 le nombre de signalement ? Dans les cas de violences physiques, lorsqu’elles se sentent surveillées, certaines familles retirent les enfants des écoles, déménagent et nous perdons leur trace.

Les enfants victimes de violences sexuelles ont déjà été trahis par un adulte de leur entourage. Que se passera-t-il si leur appel à l’aide reste sans réponse ? Quelles seront les conséquences sur la construction de leur identité citoyenne, leur confiance dans les adultes et dans l’institution ? Ne va-t-on pas juste rajouter du désespoir à leur situation ? Et quelle conséquence pour les personnels qui auront signalé et qui ne verront aucune prise en charge se mettre en place ? La CIVIISE émet également des réserves sur le déploiement de ce questionnaire.

Une priorité au détriment du reste

Cette séance et ce questionnaire vont donc probablement être mis en œuvre quoi qu’il en coûte. Avec des résultats qui permettrons certainement de faire des belles statistiques qui iront gonfler les présentations power point dans les bureaux. Avec combien d’enfants victimes de violences sexuelles et laissés sans solution ? Et puisqu’une priorité chasse l’autre, que va devenir le reste de l’EVAR(S) ? Le programme d’EVAR(S) s’articule autour de 3axes : Se connaître, vivre et grandir avec son corps ; Rencontrer les autres et construire des relations, s’y épanouir ; Trouver sa place dans la société, être libre et responsable. Nous risquons de faire de la détection sans action, là où il était prévu de faire de l’éducation

L’urgence est là. On ne peut plus attendre, mais on ne peut pas se tromper de méthode.

Déclaration de la CFDT au CSE du 1er octobre

Les revendications de la CFDT : Humilité et moyens

La CFDT acte la demande de détente du calendrier de concertation, espérant que ce délai servira à améliorer le fond et la mise en œuvre. Pour réussir, plusieurs conditions doivent être réunies :

  1. Un calendrier de passation réaliste : Pour permettre la sensibilisation de tous les adultes (à défaut d’une formation complète immédiate) et la réalisation effective des séances d’EVAR⋅S.
  2. Une coordination professionnelle : Du temps pour coordonner les actions entre enseignants, infirmiers, psychologues et assistants sociaux.
  3. Des moyens financiers : La rémunération des frais de déplacement et du temps de travail supplémentaire doit être garantie.
  4. De l’humilité : Reconnaître l’ampleur de la tâche et la complexité de la parole des victimes.