A la veille des nouveaux résultats PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves), le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan présente un rapport : "Niveau scolaire : Éléments de diagnostic et propositions".
Analyse du rapport du Haut-Commissariat sur la crise de l’enseignement
Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP) vient de publier un rapport de 220 pages intitulé « Niveau scolaire : Éléments de diagnostic et propositions ». Ce document dresse un constat accablant sur notre système scolaire, confirmant les alertes lancées depuis des années par la CFDT Éducation.
L’analyse porte sur les faibles performances des écoliers et collégiens français dans les enquêtes internationales. Elle met en lumière des problèmes structurels majeurs : école inclusive sans moyens suffisants, impact des écrans, sous-investissement financier (la France dépense 20 % de moins que ses voisins européens) et méthodes d’apprentissage obsolètes.
1. L’impact décisif de l’enseignant sur la réussite scolaire
Le rapport souligne que la qualité de l’enseignement est un facteur clé, parfois plus déterminant que l’origine sociale :
- L’effet enseignant : 10 % à 15 % des écarts de résultats entre élèves en fin d’année s’expliquent par la personne qui leur enseigne.
- Parité des influences : Cette proportion est du même ordre de grandeur que l’impact du milieu social sur les acquis d’un élève.
2. Un malaise profond chez les enseignants
Malgré ce rôle central, le corps enseignant traverse une crise sans précédent. Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation des conditions de travail :
A. Une précarité financière et un pouvoir d’achat en baisse
- Dégradation des salaires : Entre 1990 et 2013, les salaires statutaires des enseignants ont reculé en euros constants.
- Écart de rémunération : Les salaires effectifs sont inférieurs de 26 % à ceux des diplômés de l’enseignement supérieur à temps plein (contre 17 % en moyenne pour l’OCDE).
- Charge de travail : La généralisation du télétravail et de la semaine de 35 heures n’a pas concerné les enseignants, dont la charge moyenne atteint 41 heures hebdomadaires selon le Ministère.
B. Des risques psychosociaux élevés
Le métier d’enseignant figure parmi ceux où le niveau de tension psychologique est le plus élevé. Les enseignants du premier degré subissent des contraintes spécifiques :
- Tensions avec le public : 64 % déclarent vivre des situations de tension (contre 27 % pour les autres cadres).
- Insécurité : 51 % avouent avoir parfois peur durant leur travail (contre 17 % pour les autres cadres).
- Manque de reconnaissance : Seuls 4 % des enseignants estiment que leur métier est valorisé par la société, un taux record de négativité à l’échelle internationale.
3. Une formation inadaptée et un sentiment d’impuissance
Au-delà des conditions matérielles, c’est la nature du métier qui questionne :
- Formation jugée inadaptée : 65 % des enseignants considèrent que l’offre de formation professionnelle n’est pas pertinente.
- L’effet « Fast-Politique » : 62 % des enseignants du primaire citent l’évolution constante des exigences institutionnelles comme source majeure de stress. L’accumulation de réformes (« méthode Tetris ») engendre une perte de sens et une gestion au jour le jour.
- Doutes professionnels : En 2024, 40 % des enseignants envisagent de quitter la profession (contre 24 % en 2018).
4. Une crise de recrutement et de fidélisation
Ces constats entraînent des conséquences directes sur l’organisation du système :
- Augmentation des départs : Le taux de départs volontaires augmente régulièrement depuis 2013-2014.
- Recours massif aux contractuels : Entre 2015 et 2022, le nombre d’enseignants non-titulaires a progressé de 43 %, tandis que celui des titulaires diminuait de 0,7 %. Le recours aux contractuels devient une modalité de gestion structurelle.
Conclusion : Un appel à l’action politique
Ce rapport du Haut-Commissariat offre une photographie sans concession de l’Éducation nationale. Il invite les candidats à l’élection présidentielle à dépasser les promesses électorales pour engager une véritable réflexion sur la crise structurelle qui frappe l’école et ses personnels.