Violences sexuelles à l’école : un questionnaire urgent mais un calendrier jugé irréaliste par la CFDT

La CFDT est sortie de la première réunion de présentation du questionnaire sur les violences sexuelles à destination des élèves avec un grand sentiment d'amertume et de la colère. Ce qui devrait être une grande avancée pour la défense des enfants, s'annonce comme un possible gâchis.

🛑 Lever le tabou : Une opportunité historique pour l’École

La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques se félicite de la décision politique de s’emparer enfin du sujet des violences sexuelles et sexistes. Ce travail, salué pour sa qualité par les services du ministère, vise à confronter une réalité souvent tue : ces violences, majoritairement perpétrées dans la sphère privée, touchent aussi tous les lieux d’accueil (crèches, périscolaire, sport, culture).

Le constat de la Ciivise

Les chiffres sont accablants et justifient l’urgence de l’action :

  • Selon la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), on estime qu’il y a en moyenne 3 élèves par classe ayant subi de telles violences.
  • L’École, qui accueille 100 % d’une classe d’âge de la maternelle au lycée, a un rôle pivot à jouer : repérage, accompagnement et orientation de ces enfants durablement blessés.

⚠️ Le nœud du problème : Formation et dialogue social absents

Pour que ce dispositif fonctionne, la condition sine qua non est la formation des professionnels. Accueillir la parole d’un enfant victime demande des réflexes précis pour préserver sa parole, du recueil jusqu’à l’orientation vers la justice ou les soins.

Ce qui est prévu sur le papier

La DGESCO propose une démarche structurée :

  • Constitution d’équipes pluri-professionnelles pour la passation et l’analyse.
  • Préparation des élèves via des séances d’EVAR⋅S (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle).
  • Utilisation d’un guide de passation dédié.

Ce qui manque dans la réalité

Malgré la qualité technique des outils, la CFDT pointe une carence majeure : l’absence de véritable dialogue social.

« Les organisations syndicales sont consultées, jamais associées. Le problème n’est pas tant les outils que l’impossibilité de proposer des améliorations qui soient réellement prises en compte. »

Sans cette co-construction, le risque est de déployer un dispositif perfectible sans avoir intégré l’expertise terrain.

📅 Un calendrier « politico-médiatique » dangereux

Le cœur de la critique porte sur le calendrier imposé, dicté par des impératifs de communication plus que par la réalité du terrain.

Une fenêtre de tir impossible

Bien que le ministère ait accepté de décaler la présentation du décret du 17 septembre au 1er octobre, le calendrier de passation reste intenable :

  • L’objectif : Organiser la passation et le traitement des questionnaires sur 15 jours en novembre pour l’ensemble des classes du territoire.
  • La réalité : Mobiliser des binômes (enseignants + personnel médico-psycho-social) sur une telle période est irréaliste.
  • Le risque : Les avis du CSE, même unanimes contre ce rythme, risquent d’être ignorés, comme cela a trop souvent été le cas par le passé.

La temporalité de l’enfant vs la temporalité politique

La CFDT rappelle une vérité fondamentale : la temporalité du questionnaire n’est pas celle de l’enfant.

  • Les enfants (de 5 à 19 ans) ne se livrent pas de manière uniforme ni immédiate.
  • Vouloir quantifier les déclarations dans l’urgence répond à un besoin politique, mais pas au besoin d’accompagnement des victimes.
  • Cette obstination risque de faire pâtir la prise en compte de la parole libérée, pourtant essentielle pour lutter contre ce fléau.

✅ Les revendications de la CFDT : Humilité et moyens

La CFDT acte la demande de détente du calendrier de concertation, espérant que ce délai servira à améliorer le fond et la mise en œuvre. Pour réussir, plusieurs conditions doivent être réunies :

  1. Un calendrier de passation réaliste : Pour permettre la sensibilisation de tous les adultes (à défaut d’une formation complète immédiate) et la réalisation effective des séances d’EVAR⋅S.
  2. Une coordination professionnelle : Du temps pour coordonner les actions entre enseignants, infirmiers, psychologues et assistants sociaux.
  3. Des moyens financiers : La rémunération des frais de déplacement et du temps de travail supplémentaire doit être garantie.
  4. De l’humilité : Reconnaître l’ampleur de la tâche et la complexité de la parole des victimes.

Conclusion : L’École ne peut pas tout faire

Si l’École est un lieu crucial de repérage et d’orientation, elle ne peut ni soigner ni rendre justice. Ce questionnaire ne doit pas être une fin en soi, mais le déclencheur d’une véritable politique publique d’accompagnement de la jeunesse face aux violences sexuelles et sexistes.

L’urgence est là. On ne peut plus attendre, mais on ne peut pas se tromper de méthode.